Entre judaïsme et christianisme : histoire, modèles et débats autour du « Parting of the Ways »
L’étude de la séparation progressive entre judaïsme et christianisme, souvent désignée sous l’expression anglaise de « Parting of the Ways », révèle aujourd’hui un paysage historique et historiographique d’une grande complexité. Loin d’un « divorce » net et datable, la recherche récente décrit plutôt une pluralité de processus, étalés du Ier au IVe siècle, variables selon les régions, les groupes sociaux, les autorités religieuses et les enjeux doctrinaux.[35][35] Les travaux de James D. G. Dunn insistent sur le caractère progressif de l’abandon, par certains disciples de Jésus, de quatre « piliers » identitaires du judaïsme du Second Temple (monothéisme exclusif, élection, Torah/covenant, terre et Temple), tout en montrant la persistance longtemps durable de formes de christianisme étroitement ancrées dans la pratique juive.[1][4][9] À l’inverse, Daniel Boyarin soutient que ni le judaïsme ni le christianisme, au sens de « religions » distinctes, n’existaient vraiment avant le IIe–IIIe siècle, et que la frontière entre les deux n’a été tracée que progressivement, par des « faiseurs de frontières » (border-makers) – rabbins et hérésiologues chrétiens – qui ont redéfini croyances et pratiques pour constituer deux entités opposées.[2][8][24] Walter Bauer, pour sa part, invite à renverser le récit classique de l’orthodoxie et de l’hérésie : la chrétienté ancienne fut d’abord multiple, marquée par des christianismes concurrents, avant que ne se cristallise, au prix de conflits et de marginalisations, une orthodoxie dominante qui redessina rétrospectivement le paysage des origines.[3][14] Dans ce contexte, les groupes judéo-chrétiens (ébionites, nazôréens, autres « minim ») apparaissent comme des formes de christianisme fidèles à la Torah, progressivement reléguées au statut d’hérésies, parce qu’elles contredisaient la tendance majoritaire à définir le christianisme comme distinct – voire antithétique – au judaïsme.[5][18][32][33] La question du rôle de la Birkat ha-minim dans la liturgie juive, de la destruction du Temple (70), de la révolte de Bar Kokhba (132–135) et du poids de certains lieux (Jérusalem, Antioche, Rome, Alexandrie) dans la genèse de cette séparation demeure débattue, de même que la datation exacte de la rupture et le statut même de la métaphore du « Parting of the Ways », désormais fortement nuancée par la recherche récente.[12][7][11][13][19][35][35]
1. Introduction : problématique, enjeux et renouvellement historiographique
La question de la séparation entre judaïsme et christianisme touche à des enjeux historiques, thé
Sources
- https://archive.org/details/partingsofwaysbe0000dunn
- https://books.google.com/books/about/Border_Lines.html?id=q8...
- https://archive.org/details/orthodoxyheresyi0000baue
- https://books.google.com/books/about/The_Partings_of_the_Way...
- https://en.wikipedia.org/wiki/Ebionites
- https://www.jewishvirtuallibrary.org/birkat-ha-minim
- https://en.wikipedia.org/wiki/Siege_of_Jerusalem_(70_CE)
- https://www.jstor.org/stable/j.ctt3fhb31
- http://kenschenck.blogspot.com/2008/07/dunns-partings-2-four...
- https://ibraaz.org/ibraaz-publishing/read/deconstructing-the...
- https://en.wikipedia.org/wiki/Bar_Kokhba_Revolt
- https://en.wikipedia.org/wiki/Birkat_haMinim
- https://en.wikipedia.org/wiki/Antioch
- https://noachideblog.wordpress.com/wp-content/uploads/2019/0...
- https://en.wikipedia.org/wiki/Split_of_Christianity_and_Juda...
- https://www.tyndalebulletin.org/article/29248-expulsion-from...
- https://www.yavnehacademy.org
- https://en.wikipedia.org/wiki/Nazarene_(sect)
- https://www.worldhistory.org/article/1785/the-separation-of-...
- https://www.livius.org/sources/content/justin-apology/justin...